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Patrick POIVRE D'ARVOR - Monsieur le Président
de la République, bonjour.
LE PRESIDENT - Bonjour.
Patrick POIVRE D'ARVOR - Nous revoici dans le même dispositif que l'année
dernière, avec mes consoeurs Elise LUCET et Béatrice SCHOENBERG pour vous
interroger sur un grand nombre de sujets qui intéressent les Français : la
situation économique de la France, les impôts, le SMIC, la sécurité, la lutte
anti-terrorisme, la défense, l'environnement et bien sûr la politique, puisque
depuis deux mois, vous avez un nouveau Premier ministre et depuis un mois, une
nouvelle majorité. Et pour vous dire la vérité, aucun d'entre nous n'aurait
imaginé, il y a un an, que l'on allait se retrouver face au même Président de la
République, élu le mieux de la Vème République avec 82 % des voix et j'imagine
que vous-même vous ne l'imaginiez pas peut être à ce point ?
LE PRESIDENT - Monsieur POIVRE D'ARVOR, avant de répondre à votre question,
comme nous sommes le 14 juillet, permettez-moi de saluer les Françaises et les
Français pour la fête nationale ; de saluer aussi nos armées qui, à l'extérieur
de nos frontières, font un travail admirable ; de saluer notamment celles et
ceux qui ont défilé aujourd'hui, d'une façon très remarquable et, parmi eux, de
dire un mot d'amitié pour les cadets de West-Point qui défilaient derrière le
drapeau américain, parce qu'ils fêtaient leur bicentenaire en même temps,
d'ailleurs que leurs camarades de Saint-Cyr ; de saluer aussi les pompiers de
New-York qui ont été si extraordinaires le 11 septembre et qui étaient
aujourd'hui présents parmi nous pour la fête nationale. Et enfin, d'évoquer
notre Légion d'Honneur qui a, également, deux siècles.
Alors, vous me demandez en quelque sorte ma réaction à la suite des élections.
Je vous dirais que le temps, pour moi, n'est pas particulièrement à la
satisfaction. Il est à la responsabilité et il est dans l'action. Les Français
se sont exprimés, chacun a pu les entendre, je les ai entendus et je veux
maintenant agir avec détermination et je dirais avec enthousiasme. Ils ont
exprimé leurs inquiétudes, les espoirs. Il faut donner une nouvelle impulsion à
la France et répondre aux Français. Nous avons, effectivement, vous l'avez
évoqué, toutes sortes de problèmes, des problèmes internes de développement
économique, de progrès social, de solidarité, de santé qui sont aussi des
problèmes de lutte contre la pauvreté, de meilleure insertion des jeunes dans
notre société.
Nous avons une Europe qui, dans les deux ans qui viennent, va se transformer par
son élargissement et par la transformation de ses institutions. Il faut que les
Français comprennent, sachent, qu'elle est notre vision de l'Europe de demain et
le rôle de la France dans cette Europe. Et il y a des problèmes internationaux
qui sont, vous les avez également évoqués, qui sont graves. La France doit
défendre ses intérêts mais aussi elle doit être au premier rang de ceux qui
combattent pour la paix, pour la démocratie, de ceux qui combattent contre la
pauvreté, pour la solidarité, pour la solidarité notamment avec l'Afrique, de
ceux qui luttent aussi pour la sauvegarde d'un environnement qui est aujourd'hui
dramatiquement en cause dans le monde pour les prochaines années, pour les
prochains siècles. Donc, tout cela impose de grandes réflexions et cela impose
surtout, je le répète, de la détermination et de l'enthousiasme et aussi un
esprit collectif.
QUESTION - Pour reprendre ma question sur les conditions de votre
réélection : cela vous impose donc une nouvelle responsabilité, vous nous le
dites, celle évidemment de ne pas rater votre quinquennat et peut être aussi
vous vous dites maintenant quelle trace vais-je laisser dans l'histoire, est-ce
que vous n'avez pas déjà un nouveau chantier en tête ?
LE PRESIDENT - Ce n'est pas un problème personnel, vous l'imaginez. La question
que je me pose, c'est : allons-nous ensemble être aujourd'hui capables de
répondre aux Français et de donner à la France la nouvelle impulsion dont elle a
besoin.
QUESTION - Dans votre action, est-ce que vous penserez également aux
sceptiques et à vos adversaires ?
LE PRESIDENT - Oui, sans aucun doute et je crois que, je me permets de vous le
dire, c'est une très très bonne question. Parce que je crois que l'on ne pourra
pas redonner aux Français la confiance, on ne pourra pas rétablir la sécurité,
la sûreté au sens le plus large du terme, on ne pourra pas restaurer le respect
que nous nous devons les uns aux autres qui est une des faiblesses de notre
société d'aujourd'hui un peu éclatée. On ne pourra pas respecter nos
institutions ce qui est essentiel dans une démocratie, dans une République, sans
le concours de chacun, quelles que soient par ailleurs ses options ou ses choix
de toute nature, politiques, philosophiques, religieux. On ne pourra pas le
faire non plus sans le concours de toutes ces associations qui irriguent
aujourd'hui, souvent avec beaucoup de dévouement et d'intelligence, la société
civile. Et on ne pourra pas le faire, vous avez raison de le souligner, si nous
n'avons pas enfin -car ce n'est pas tellement notre tradition-, de bonnes
pratiques républicaines notamment dans les rapports entre la majorité et
l'opposition.
QUESTION - Monsieur le Président, puisque l'on parle d'adversaires,
concernant Lionel JOSPIN, qu'avez-vous pensé de sa décision de quitter
définitivement la scène politique ?
LE PRESIDENT - Je me garderai bien d'avoir le moindre jugement. C'était sa
décision.
QUESTION - Mais c'est une attitude plutôt rare. Est-ce que vous, par
exemple, dans votre carrière politique, il vous est arrivé, après un échec, de
penser à un moment : "je pourrais tout abandonner" ?
LE PRESIDENT - Jugez le comportement qui a été le mien à l'aune de votre
réflexion, ne me demandez pas de juger celui de M. Lionel JOSPIN.
QUESTION - Sur la concentration des pouvoirs qui, au fond, finalement
devient importante puisque le Président vient d'un camp, le Premier ministre du
même, l'Assemblée, le Sénat, vous voyez bien les critiques qui peuvent tourner
autour de tout cela. Est-ce que vous y prendrez garde, est-ce que vous ferez
attention à respecter quand même l'opposition ?
LE PRESIDENT - Je viens de le dire à Madame SCHOENBERG, je crois qu'un
changement de comportement doit commencer par un changement du comportement des
élus et notamment au Parlement pour plus de respect les uns des autres, pour des
pratiques républicaines, si j'ose dire civilisées, plus civilisées. Cela est
tout à fait essentiel. C'est un élément qui permet ensuite aux Français d'avoir
confiance.
QUESTION - Mais en ce qui concerne la concentration des pouvoirs. Vous
êtes à l'Elysée pour cinq ans, vous avez une majorité absolue au Parlement, vous
avez donc tous les moyens pour appliquer votre politique. Si malgré tout vous
échouez, est-ce que vous considérez cela comme un échec personnel ou est-ce que
vous considérez cela comme une impossibilité politique ?
LE PRESIDENT - Ecoutez, Madame, ne nous jetez pas un mauvais sort. Je n'ai
aucune intention d'échouer, je vous l'ai dit tout à l'heure, je veux mettre
toute ma détermination, tout mon enthousiasme et permettez-moi de le dire, tout
mon coeur, pour répondre, de façon concrète et positive, aux Français et à la
France.
QUESTION - Et est-ce qu'il y aura des chantiers concrets, par exemple, qui
pourraient marquer le quinquennat ?
LE PRESIDENT - Qu'est-ce que vous appelez des chantiers ?
QUESTION - Des grands chantiers que vous pourriez décider de lancer ?
QUESTION - Par exemple, la décentralisation ?
LE PRESIDENT - Quand on parle des grands chantiers, en général, on pensait aux
grandes réalisations architecturales qui ont marqué chacun des septennats
précédents. Si c'est à cela que vous faites allusion, oui, je voudrais marquer
ce quinquennat par trois grands chantiers mais qui ne sont pas de pierre.
C'est d'abord la lutte contre l'insécurité routière. Je suis absolument horrifié
par le fait que les routes françaises sont les plus dangereuses d'Europe. C'est
ensuite le cancer qui, au-delà, naturellement, de l'attention qu'on doit avoir
pour toutes les maladies, des maladies orphelines jusqu'au sida, c'est un
véritable drame national qui exige un effort considérable, un effort de
recherche, un effort de prévention et de dépistage, un effort de traitement, y
compris de traitement psychologique des maladies. Et cela, c'est aussi une
grande ambition que nous devons avoir.
Le troisième chantier -si vous appelez cela des chantiers-, ce sont les
handicapés qui, en France, n'ont pas encore trouvé leur place convenablement de
façon digne. Et beaucoup de progrès reste à faire.
Voilà les trois grands chantiers. Vous voyez, ils ne seront pas aux mains des
architectes et, je l'espère, entre les mains des hommes et des femmes de coeur.
QUESTION - Et, pourtant, des premiers pas de l'élève RAFFARIN, du Premier
ministre, Jean-Pierre RAFFARIN...
LE PRESIDENT - Je trouve que ce gouvernement, sous l'impulsion du Premier
ministre, a accompli en deux mois, beaucoup, beaucoup de progrès. Dans le sens
de la lutte contre l'insécurité, a été mis en place le Conseil intérieur de
sécurité. Un grand ministère de la sécurité intérieure avec une harmonisation et
fort, pour la première fois, des forces de police et de gendarmerie, ce qui
était indispensable, avec la création de groupements régionaux d'intervention et
avec, surtout, les deux lois qui ont été élaborées, tout de même, très vite et
conformément à ce que j'avais souhaité.
Loi de programmation pour la justice et loi de programmation pour la police qui,
ensemble, représentent un effort sans précédent dans notre histoire pour la
justice et l'insécurité, avec quelque neuf milliards d'euros programmés. Je vous
rappelle que je m'étais engagé à un niveau de l'ordre de six milliards, cela
pour dire que les engagements sont tenus et au-delà, et la création pour la
justice, la gendarmerie, la police de quelque vingt-cinq mille emplois.
Deuxièmement, dans le domaine économique, le lancement d'une nouvelle politique
économique dont nous parlerons, je pense, avec les premiers pas, c'est-à-dire la
baisse des impôts qui avait été programmée et, en particulier, l'impôt sur le
revenu. Et, deuxièmement, les premières baisses de charges avec le contrat sans
charge pour les jeunes de moins de vingt-deux ans.
QUESTION - Et avec, déjà, des premiers couacs sur l'impôt de 2003.
Certains disant au gouvernement : eh bien, on va continuer, et puis d'autres....
LE PRESIDENT - ... Je n'ai rien remarqué de tel...
QUESTION - ... Entre Francis MER et M. LAMBERT ?
LE PRESIDENT - Monsieur POIVRE D'ARVOIR, en revanche, ce que j'ai parfaitement
remarqué, ce que je viens de vous dire, c'est qu'en deux mois, ce gouvernement,
de façon cohérente, déterminée, parce que c'est un gouvernement de mission -ce
que j'avais voulu-, a accompli ce que je viens de dire et d'autres choses
encore, en ce qui concerne les médecins, l'action sociale, la réouverture d'un
dialogue social qui avait pratiquement disparu. Et, donc, oui, ce gouvernement,
de façon cohérente, déterminée, dans cet esprit de mission, me semble-t-il,
jusqu'ici, a bien agi.
QUESTION - Monsieur le Président, on a le sentiment que tous les domaines
vous sont désormais réservés. Quels sont le territoire et la marge de manoeuvre
spécifique de Jean-Pierre RAFFARIN ?
LE PRESIDENT - Il n'y a pas de domaine réservé. Vous savez, j'ai toujours dit
que j'étais très respectueux des institutions. Je crois, qu'au total, avec ses
qualités et ses défauts, la Constitution française est une bonne Constitution.
Je ne fais pas partie de ceux qui, chaque fois qu'il y a un problème,
considèrent qu'en changeant un texte, et notamment la Constitution, on va le
régler. On règle, naturellement, rien du tout. Ce sont des spéculations purement
intellectuelles ou politiques.
Nous avons des institutions. Il faut les perfectionner petit à petit pour les
adapter...
QUESTION - ... Mais vous impulsez la vie politique, vous impulsez aussi
l'action du gouvernement.
LE PRESIDENT - Bien sûr, mais le gouvernement, dans les institutions de la Ve
République, gouverne. Le Premier ministre assume la responsabilité du
gouvernement. C'est lui qui gouverne.
QUESTION - ... Des réformes assez rapides au rythme que vous souhaitez ?
LE PRESIDENT - Je souhaite, effectivement, que ces réformes...
QUESTION - ... Des réformes, et vite, dites-vous ?
LE PRESIDENT - Je souhaite que ces réformes soient rapides.
QUESTION - Le sont-elles ?
LE PRESIDENT - Je viens de vous dire ce qui a été fait en deux mois, je crois
qu'il faut revenir, loin en arrière, pour trouver un tel bilan. Et, si vous
voulez ma conviction, ce n'est qu'un début.
QUESTION - Monsieur le Président, on a beaucoup parlé ces derniers temps
d'amnistie et l'opposition s'est inquiétée d'une éventuelle amnistie
politico-financière. En ce qui concerne l'abus de bien social, est-ce que vous
êtes favorable à une remise en cause du délai de prescription, parce que c'est,
en fait, cela la question fondamentale ?
LE PRESIDENT - J'ai entendu cette polémique avec, je dois dire, un certain
étonnement. Je suis heureux de pouvoir rappeler quelle est ma position, qui est
d'ailleurs, celle du gouvernement.
Il y a le pardon républicain. C'est ce qui s'est exprimé au travers de la loi
d'amnistie qu'a voté le Parlement.
QUESTION - ... Ce n'est pas une dérogation d'un autre âge, d'ailleurs.
LE PRESIDENT - En tous les cas, il a été, à ma demande, beaucoup réduit pour
exclure tout ce qui ne relevait pas précisément du respect et de la
responsabilité. Cela, est une tradition républicaine. C'est le pardon
républicain. Une société a besoin aussi, à un moment donné, de savoir donner le
pardon.
QUESTION - ... Mais sur l'amnistie politico-financière...
LE PRESIDENT - Mais, il n'est pas en soi condamnable d'avoir régulièrement, dans
des occasions exceptionnelles, un pardon républicain. Il faut savoir pardonner
aussi.
Cela, c'était une chose. Ensuite, il y a la loi sur la justice dont l'ambition
était d'améliorer des procédures et de donner des moyens pour que la justice qui
a été longtemps le grand Corps sacrifié de la France, trouve et retrouve, petit
à petit, les moyens d'assumer sa responsabilité éminente. Dans tout cela, il n'y
a aucune espèce de place pour autre chose. Et, en grâce, ne mélangeons pas les
choses. Il n'a jamais, jamais été question, d'aucune façon, de remettre en
cause, quoique ce soit sur le plan de l'amnistie politique, l'abus de bien
social ou toutes ces choses là. C'est un problème complètement différent.
Je dois dire que je parlais, tout à l'heure, de bonne pratique républicaine et
de bonne foi dans les rapports entre la majorité et l'opposition, cela peut en
être un exemple. Ceux qui crient au loup, qui ont crié au loup, bien inutilement
évidemment, avaient probablement quelques arrière-pensées. Mais j'observe que ce
sont ceux-là même qui, il y a une dizaine d'années, avaient donné le mauvais
exemple et devraient s'en souvenir.
QUESTION - Mais cette fois-ci, il y avait quand même un député de la
majorité qui a souhaité qu'elle soit abordée...
LE PRESIDENT - Toujours... Il y a un député, bien entendu ! Nous sommes dans une
démocratie. Si vous voulez le fond de ma pensée, il a eu tort.
QUESTION - Mais, dans le monde des affaires, on dit aussi que ce problème
de prescription sur l'abus de bien social met en danger parfois les PDG, en
France.
LE PRESIDENT - Ecoutez, nous avons un système en France. Ce système doit être
respecté. Si un jour nous estimons ?/p>
QUESTION - Alors justement, par souci d'harmonisation avec l'Europe,
est-ce que par exemple en 2004, de façon plus sereine, vous ne souhaitez pas
qu'il y ait un débat sur la règle de l'abus de bien social ?
LE PRESIDENT - Je n'ai aucune intention dans ce domaine pour une raison simple :
il y a peut-être des arguments que l'on peut faire valoir pour ou contre telle
ou telle réforme. Mais en France, ce problème a pris, je dirais une dimension
politique, de sensibilité affective, qui ne permet pas de l'aborder de cette
façon là.
QUESTION - Et avec le recul, est-ce que vous comprenez que des gens aient
pu être choqués par le fait que le Président a été protégé judiciairement, qu'il
était d'une certaine façon inaccessible ?
LE PRESIDENT - Le Président n'est pas protégé judiciairement. Nous n'allons pas
rouvrir ce débat d'autant que, conformément à ce que j'avais dit, j'ai choisi
les meilleurs et les plus incontestables des juristes pour leur demander de
créer une commission, de faire un rapport, au regard de nos traditions mais
aussi de tous les exemples étrangers, et dire aux Français -c'est un rapport qui
sera public naturellement- s'il convient ou non de modifier le statut du chef de
l'Etat dans notre pays. En tous les cas, c'est quelque chose que l'on ne peut
pas faire à la sauvette sans avoir réellement réfléchi sur la question. Vous
aurez la réponse avant la fin de l'année.
QUESTION - Vous vous tiendrez à ses conclusions ou elles seront discutées
?
LE PRESIDENT - Je me tiendrai à ses conclusions
QUESTION - à Elles ne seront pas discutées ?
LE PRESIDENT - Je me tiendrai aux conclusions de cette commission.
QUESTION - Une dernière question sur l'amnistie, plus anecdotique,
Monsieur le Président. Plusieurs associations ou partis politiques demandent une
amnistie pour José BOVE. Est-ce que c'est pour vous un détenu comme un autre ou
est-ce que son combat personnel vaut un regard un petit peu particulier ?
LE PRESIDENT - L'amnistie, pour moi, ce n'est pas un problème de personne. C'est
un problème de faits. Sont amnistiés les gens qui répondent à un certain nombre
de critères, qui appartiennent à telle ou telle catégorie et c'est tout. Ce
n'est pas un problème de personne. Personne ne peut être amnistié intuitu
persone naturellement sinon il n'y aurait plus de justice.
QUESTION - Vous parliez, tout à l'heure, justement de tradition
républicaine, est-ce que vous n'auriez pas pu faire un petit geste
supplémentaire en direction des gens qui ne gagnent pas beaucoup, notamment ceux
qui sont au SMIC ? Est-ce que l'idée du "coup de pouce" donc supérieur à
l'augmentation naturelle du salaire minimum vous a effleuré ?
LE PRESIDENT - D'abord, c'est une décision du gouvernement bien entendu. Je
voudrais tout de même rappeler que l'un des effets pernicieux de la loi sur les
35 heures, telle qu'elle a été mise en oeuvre, je ne juge pas la loi elle-même,
le principe, mais sa mise en oeuvre, fait que nous avons aujourd'hui six SMIC.
Cela veut dire que le SMIC, qui avait la vocation de garantir l'égalité et de
permettre la promotion des salariés, ne remplit plus cette mission. Par
conséquent, aujourd'hui, ce qui est prioritaire c'est d'aboutir à
l'harmonisation de ces SMIC. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a
bien fait de commencer à engager les négociations avec les organisations
syndicales et professionnelles, pour voir les modalités d'harmonisation des SMIC
de façon à ce que l'on revienne à un SMIC juste et égal pour tous, et un seul
naturellement. Ce qui permettra d'ailleurs de mettre en oeuvre une autre action
qui s'impose, de plus en plus, notamment à cause des effets de la mise en oeuvre
des 35 heures, c'est le relèvement des minima par branches.
Nous arrivons à une situation où aujourd'hui pratiquement 70% des minima par
branches sont inférieurs au SMIC, ce qui veut dire qu'il n'y a plus d'espoir
d'amélioration matérielle pour beaucoup de gens malgré leur ancienneté, malgré
les efforts qu'ils font, malgré l'amélioration de leur capacité. Donc, il y a là
quelque chose qui n'est pas normal. Il faut rouvrir tout de suite les
négociations pour la remise à jour des minima par branches. C'est cela l'action
qui doit être menée, je crois, de façon prioritaire pour ce qui concerne le
SMIC.
QUESTION - Mais que répondez-vous à ceux qui disent que, d'un côté il y a
une revalorisation minimum du SMIC, de l'autre un abaissement des impôts qui
touche que les couches moyennes ou élevées de la population et qui vous accusent
finalement de ne prêter qu'aux riches ?
LE PRESIDENT - D'abord, vous dites que l'on ne prête qu'aux riches : c'est 16
millions de foyers qui en France vont bénéficier de la réduction de l'impôt sur
le revenu. Seize millions ! Probablement qu'un certain nombre d'entre eux
seraient étonnés s'ils savaient que vous les classez dans la catégorie des
riches. Seize millions de foyers.
Deuxièmement, nous avons en France un triste record, qui nous coûte très cher et
ce record c'est celui des charges, des impôts qui pèsent sur les travailleurs,
sur les cadres, sur les entreprises et qui sont plus élevés que partout ailleurs
en Europe il en va de même des charges que l'on fait peser sur le travail et sur
les entreprises. Le résultat c'est que, petit à petit. Il en résulte que, petit
à petit, malgré notre dynamisme, je dirai notre génie national -le mot n'est pas
excessif- la compétitivité et l'attractivité de la France diminuent. Il n'y a
pas de tâche plus urgente, plus importante que de rendre à la France sa
compétitivité, son attractivité et pour cela ramener l'ensemble des charges et
de la fiscalité au moins au niveau moyen pour qu'elle ne soit pas handicapée par
rapport à nos partenaires européens. Cela est capital, c'est cela qui seul peut
permettre d'améliorer l'emploi, les richesses.
QUESTION - d'aller vers les plus défavorisés aussi ?
LE PRESIDENT - Mais naturellement, pour tout le monde. Mais si nous voulons
donner une impulsion à la France, si nous voulons nous donner la capacité
d'avoir des investissements, d'avoir une confiance dans notre possibilité de
recevoir des initiatives notamment étrangères ou françaises, il faut d'abord
nous mettre, je dirai, dans le même statut moyen que tous nos grands
concurrents. Sinon il se passera ce qui se passe actuellement, c'est-à-dire un
lent et inéluctable repli de la France avec plus de conséquences. Ce n'est pas
par hasard, si nous avons l'un des taux de chômage les plus élevés d'Europe. Ce
n'est pas par hasard ! C'est simplement parce que l'incitation à créer, à
produire, à investir, à travailler est chez nous inférieure à ce qu'elle est
ailleurs. Et donc il faut répondre à cet objectif.
QUESTION - Alors si vous voulez bien parlons précisément de la baisse des
impôts qui fut l'un des thèmes majeurs de votre campagne, sur l'impôt sur le
revenu, la baisse de 5% est en cours mais quant au reste, la stratégie fiscale,
on a entendu beaucoup de choses, je dirai tout et son contraire alors on a envie
que vous nous fixiez ou refixiez le cap. Est-ce que, par exemple, pour l'année
prochaine, il y aura une baisse de 5% et y compris pour l'année d'après ?
LE PRESIDENT - Madame, je vous trouve sévère sur votre jugement quand vous dîtes
que l'on entend tout et son contraire
QUESTION - On a assez mal compris, c'est vrai qu'il y avait un peu de
confusion ces derniers temps
LE PRESIDENT - J'imagine que vous écoutez peu probablement, mais enfin ! J'ai
indiqué, et les candidats aux dernières élections législatives qui se sont
présentés sous le sigle de l'UMP, qui est le principal mouvement qui soutient
l'action du Premier ministre et du gouvernement aujourd'hui, ont clairement
indiqué que nous nous engagerions dans une action de baisse des impôts et des
charges.
Cette action, chère Madame, sera poursuivie. Elle sera poursuivie au rythme que
le gouvernement, puis le Parlement, détermineront. Mais elle sera poursuivie
avec détermination pour que les objectifs fixés, pour ce qui concerne l'impôt
sur le revenu, puisque vous avez cité celui-là, pour ce qui concerne les charges
également (et, dès maintenant, le gouvernement va commencer les négociations
nécessaires avec les organisations et les dialogues nécessaires avec les
organisations syndicales et professionnelles) pour que ces objectifs soient
atteints avant la fin de mon mandat. Voilà, c'est tout à fait clair.
QUESTION - Moins de 30% globalement ? Et 5% l'année prochaine ?
LE PRESIDENT - Je n'ai pas à prendre
QUESTION - Est-ce que c'est lié à la croissance ?
LE PRESIDENT - Ce que je peux vous dire, c'est qu'il y aura une poursuite de
l'allégement des impôts et notamment de l'impôt sur le revenu. Si c'est ça que
vous voulez savoir.
QUESTION - Est-ce que cela sera lié à la croissance ?
LE PRESIDENT - Ce sera forcément plus ou moins lié à la croissance mais plus
moins que plus, si j'ose dire, pour une raison simple, c'est que si nous pouvons
être actuellement optimistes en ce qui concerne la croissance, si tous les
experts imaginent que cette croissance devrait être de l'ordre de 3 % l'année
prochaine, ce qui est favorableà Quand je parle de baisse des impôts et des
charges, je ne suis pas en train d'affirmer un credo politique ou idéologique.
C'est une mesure de sauvegarde, c'est vital. Ce n'est pas un choix politique.
C'est une survie, c'est un choix de survie. Si nous ne le faisons pas, alors
nous continuerons à nous enfoncer par rapport à nos voisins et donc à augmenter
notre chômage et notre pauvreté. Par conséquent, même si nous n'avions pas la
croissance que nous espérons, que nous escomptons, il faudrait être plus modéré
sur d'autres dépenses, faire des arbitrages permettant de donner la priorité à
la baisse des charges et de la fiscalité. Je le répète, tout simplement parce
que nous sommes dans une situation où nous sommes handicapés par rapport à tous
nos voisins et nous ne pouvons pas rester dans cette situation.
QUESTION - Est-ce que cela peut vouloir dire qu'en 2004 les Français
peuvent s'attendre à un peu de rigueur ?
LE PRESIDENT - Je ne pense pas du tout, compte tenu de ce que je viens de vous
dire, des perspectives de croissance, que la rigueur soit à l'ordre du jour.
QUESTION - Et est-ce que le gouvernement précédent vous a laissé des
finances saines ?
LE PRESIDENT - Ces finances, n'est-ce pas, qui ne sont pas celles que nous
aurions espérées, ni même celles qu'ils avaient indiqué. Mais ça, je dirai que
c'est un peu traditionnel.
QUESTION - Et l'audit a été décevant de ce point de vue pour vous ?
LE PRESIDENT - L'audit a été décevant dans la mesure où il a fait apparaître des
déficits supérieurs à ce qui avait été annoncé. Nous ferons face.
QUESTION - On parlait de la situation économique au regard de la très
mauvaise conjoncture boursière, particulièrement ces derniers jours, et des
incertitudes sur la croissance, vous en parliez à l'instant. On craint des
risques de plans sociaux massifs et certains parlent même d'un troisième tour
social ?
LE PRESIDENT - Les plans sociaux, nous les voyons. Ils se sont développés, et
les perspectives hélas ne sont pas bonnes. Alors il faut s'interroger, pourquoi
? Pourquoi y en a-t-il plus chez nous qu'ailleurs ? Tout simplement parce que,
je vous le disais tout à l'heure, et pour les raisons que j'évoquais, la France
marche au ralenti. Et donc, dès qu'une affaire est un peu fragile, au lieu de
pouvoir repartir, eh bien la France se trouve dans la situation d'avoir à fermer
son activité. La première réponse, par conséquent, aux plans sociaux, est une
réponse d'ensemble. Il faut une nouvelle politique économique. Une politique
économique qui soit caractérisée par la réduction des charges et de la
fiscalité, par la réduction des réglementations excessives et inutiles qui
pèsent, notamment, sur les petites et moyennes entreprises, et puis également
l'assouplissement de règles comme celle des 35 heures qui doivent être
assouplies pour être adaptées. Pas remises en cause dans leur principe, mais
assouplies pour être adaptées. C'est seulement ainsi que l'on pourra redonner
l'élan nécessaire pour éviter les plans sociaux et les difficultés. Pas
complètement, je vais y revenir, mais au moins pour avoir une conjoncture plus
favorable.
C'est l'ambition de la nouvelle politique économique qu'a engagée le
gouvernement. Alors, naturellement, que faire dans la situation immédiate ?
Récemment on a cru qu'on pouvait tout régler par voie de loi, et on a fait la
loi dite de modernisation sociale dont la caractéristique a été d'être élaborée
et votée sans la moindre concertation avec les organisations syndicales ou
professionnelles. C'est une grave erreur. Le résultat ne s'est pas fait
attendre. L'enfer est pavé de bonnes intentions. Et les résultats ont été tout à
fait négatifs. Toutes sortes d'entreprises qui se trouvaient plus ou moins en
difficulté ont préféré déposer le bilan plutôt que de se lancer dans les
procédures prévues par la loi. Nous nous trouvons donc avec une accélération des
dépôts de bilan, et donc les conséquences que vous évoquiez.
Deuxièmement, on voit également se multiplier, ce qui est tout à fait
inadmissible, les licenciements pour faute qui sont, à l'évidence, de faux
licenciements pour faute, des abus, pour éviter, là encore, les procédures
prévues par la loi. Ce n'est pas le règlement qui pourra nous permettre
d'apporter une solution. C'est une autre politique. Et quand il y a accident,
hélas (vous savez j'en ai vu beaucoup pendant la campagne) je comprends le drame
que cela représente naturellement pour les travailleuses et les travailleurs de
ces entreprises. Là, il faut deux choses. Il faut d'abord que nous ayons des
règles qui permettent au dialogue entre l'entreprise et ses salariés de
s'engager bien en amont dès que la crise est imaginable, beaucoup plus tôt,
alors qu'on le fait en général à la dernière minute. Et deuxièmement, il faut
que le gouvernement, et c'est ce que le Premier ministre, je crois, vient
d'annoncer, ait une structure lui permettant d'intervenir massivement pour
apporter des solutions lorsqu'il y a des plans sociaux ou des fermetures. Et
surtout, il faut revoir un peu la règle. Et c'est pourquoi je souhaite, et je
crois que M. FILLON a engagé cette action, pour que nous ayons le plus vite
possible, une concertation nous permettant d'arrêter la loi sur l'assurance
emploi, pour donner à chaque travailleur, et en permanence, la capacité d'avoir
un emploi, un bon emploi, un emploi adapté. Donc, c'est d'une part la formation
tout au long de la vie, mais c'est d'autre part, aussi, la révision concertée
des conditions de licenciement, pour toutes les entreprises, mais surtout pour
remédier à une situation grave dans notre pays. C'est que nous avons maintenant
des salariés à deux vitesses, si j'ose dire. Nous avons les salariés des grandes
entreprises qui bénéficient, si j'ose dire entre guillemets, de plans sociaux,
d'avantages. Et puis les salariés des petites et moyennes entreprises, qui sont
les plus nombreux, et qui eux ne bénéficient de rien du tout en matière de
reclassement, de reconversion, d'aide pour la délocalisation. Ça, ce n'est pas
supportable. Et donc il faut, et c'est l'un des objets du dialogue social qui
s'engage, que nous ayons de nouvelles modalités qui, par le biais de l'assurance-emploi,
permettent de répondre à ces deux exigences : l'amélioration continue de la
formation des travailleurs et, d'autre part, donner aux travailleurs, des
licenciés des petites et moyennes entreprises, les mêmes droits que ceux dont
bénéficient les autres.
QUESTION - Monsieur le Président, on faisait allusion à l'instant, à la
bourse et à l'affaire Vivendi. Ce point de vue est riche d'enseignement,
d'autant que parallèlement, il y a eu des scandales assez retentissants aux
Etats Unis et on s'est aperçu qu'au fond, le capitalisme avait des hoquets,
qu'il ne savait plus se contrôler, que les gens qui étaient chargés de le
contrôler, justement eux-mêmes, étaient sujets à caution, que les
administrateurs ne faisaient que signer des blancs seings. Est-ce que vous avez
envie, comme le Président BUSH d'y mettre vous-même le holà?
LE PRESIDENT - Oui, sans aucun doute, en rappelant tout de même, que ce qu'a
annoncé le Président BUSH, et qui était le bon sens, existe déjà pour
l'essentiel en France. Il faut marquer tout de même une certaine différence
entre les problèmes français, qui ont été des problèmes en quelque sorte de
gestion hasardeuse, ce qui naturellement ne conduit pas au pardon, et les
problèmes américains ou il s'agit de gestions frauduleuses, c'est un peu
différent quand même ! Néanmoins, on voit bien avec la baisse des marchés qui se
fait dans une période ou tout le monde sait qu'il y a lieu d'être optimiste sur
le plan économique et que, vraisemblablement la croissance va repartir. Il y a
un impératif qui est de répondre à cette inquiétude. Le système capitaliste,
cela suppose naturellement une incitation, c'est ce dont on parlait tout à
l'heure, il faut encourager les gens à travailler et à investir. Cela suppose
aussi la confiance, et notamment la confiance des épargnants, la confiance des
travailleurs, et cette confiance dans un système capitaliste, cela suppose qu'il
y ait des règles, qu'il y ait une transparence et qu'il y ait une responsabilité
des dirigeants. Et aujourd'hui, elles ne sont pas suffisantes.
QUESTION - Vous voulez mettre de l'éthique, si je comprends bien, dans le
capitalisme, est-ce que la justice doit aller jusqu'à poursuivre éventuellement,
les patrons et les administrateurs ?
LE PRESIDENT - Oui, et cela c'est un problème législatif et il faudra voir ce
qu'il faut faire. Ce que je veux vous dire, c'est que nous avons un système qui
n'est pas satisfaisant de ce point de vue parce que les règles ne sont pas
suffisamment claires, la transparence n'est pas assurée, la responsabilité non
plus, et l'on voit effectivement que les administrateurs finalement, de toutes
ces grandes sociétés, n'assument pas leurs responsabilités. Et il faut que les
administrateurs soient, dorénavant, indépendants et responsables.
QUESTION - Et la suite de Jean-Marie MESSIER vous a chagriné ou indifféré
?
LE PRESIDENT - Une mauvaise opération pour une grande affaire française ne peut
que me chagriner, naturellement.
QUESTION - On a beaucoup dit que la main de l'Elysée était intervenue dans
son éviction, on l'a beaucoup dit ou beaucoup écrit ?
LE PRESIDENT - N'en croyez pas un mot. Vous savez, nous sommes dans un monde ou
il suffit que quelqu'un lance un bruit pour qu'immédiatement tout le monde le
reprenne. N'en croyez pas, naturellement, un seul mot d'aucune façon. Ce que
nous devons faire, notamment, c'est de renforcer nos règles pour la transparence
du marché, nous avons actuellement un organisme qui travaille remarquablement
bien, qui est la Commission des opérations de bourse qui est bien conduite. Nous
avons le Comité des marchés financiers. Il faut réunir les deux et leur donner à
la fois des règles beaucoup plus strictes (notamment ce qu'évoquait tout à
l'heure Madame SCHOENBERG,) concernant la responsabilité et l'indépendance des
administrateurs, car là, nous sommes tout à fait coupables, et il faut lui
donner des moyens. A partir de là, je pense, la confiance reviendra. Mais
n'oublions pas que tout cela s'inscrit dans un contexte de mondialisation, que
la mondialisation doit être naturellement maîtrisée, elle doit être humanisée,
mais quelle est, par essence, génératrice d'échanges et n'oublions jamais, qu'en
France, un Français sur trois travaille directement ou indirectement pour
l'exportation. C'est dire à quel point, tout ce qui peut mettre en cause la
mondialisation si l'on n'y prend pas garde peut être dangereux pour notre pays
et pour nos travailleurs. Cela, c'est tout à fait capital. Enfin, cet
assainissement des marchés financiers ne peut pas être strictement français. Il
faut d'une part qu'il soit européen et nous allons faire le maximum pour
améliorer les choses sur le plan de l'Europe, et d'autre part qu'il soit mondial
et j'ai demandé au ministre des Finances dans la préparation du prochain G7 (qui
est en France puisque c'est sous présidence française l'année prochaine), de
permettre de faire un effort important d'harmonisation des règles pour clarifier
le marché.
QUESTION - Alors justement, Monsieur le Président, Francis MER a déjà
annoncé des privatisations pour l'automne prochain, on évoque EDF, les salariés
s'inquiètent, ils ont prévu une manifestation intersyndicale pour l'automne,
début septembre, s'inquiètent-ils à tort ?
LE PRESIDENT - Oh, cela dépend de ce que vous appelez privatisation. Je n'y ai
jamais été favorable, et je crois que personne n'a jamais été favorable à la
privatisation, comme vous dites, d'EDF.
QUESTION - Même ouverture du capital ?
QUESTION - Mais, quelles seraient les privatisations, par exemple, que l'on
pourrait...
LE PRESIDENT - En revanche, il est évident que si EDF veut conserver sa
puissance dans le monde d'aujourd'hui, elle ne peut le faire qu'à condition de
pouvoir investir à l'extérieur. Et que, par conséquent, elle ne peut le faire
que si une part de son capital est ouvert. Je dis bien une part, minoritaire,
par définition. Ceci doit être étudié, cela ne peut l'être qu'avec les
organisations syndicales de l'EDF, bien entendu. Je suis d'ailleurs tout à fait
convaincu qu'un accord peut intervenir sans difficulté, à une double condition,
c'est de ne pas toucher au statut des agents d'EDF, et cela personne n'imagine
qu'on puisse toucher à ce statut, et deuxièmement que l'on ne mette pas en cause
le système particulier, spécifique de retraite qui est celui d'EDF et qui doit
bien entendu, comme tous les systèmes de retraites, être garanties.
QUESTION - Monsieur le Président, vous avez parlé des chantiers que vous
souhaitez mettre en oeuvre, il y a les promesses électorales, est-ce que vous
avez les moyens financiers de ces promesses, et est-ce que les privations
pourraient, par exemple, vous servir pour les retraites, dont vous venez de
parler ou éventuellement à la réduction des déficits ?
LE PRESIDENT - La privatisation, comme vous dites, c'est-à-dire l'ouverture du
capital, dans certains cas, où l'achèvement de mise sur le marché du capital
dans d'autres, ne doit pas avoir pour objectif de faire rentrer de l'argent,
c'est une conséquence éventuelle, mais pas du tout obligatoire. Si c'est bien
fait, ce n'est pas l'objectif. L'objectif, c'est de donner à des entreprises qui
en ont besoin les moyens nécessaires pour s'intégrer dans l'économie moderne et
pour prospérer, c'est cela l'objectif et rien d'autre.
QUESTION - En matière de sécurité, est-ce que vous êtes content des
premiers résultats qu'affiche votre gouvernement, est-ce que vous vous les
attribuez, et est-ce que vous pensez que vous avez, au fond, gagné l'élection
présidentielle sur ce thème que n'aurait pas perçu votre Premier ministre
précédent ?
LE PRESIDENT - Nous étions ici il y a un an, vous l'avez rappelé tout à l'heure,
et j'avais profité de votre présence pour indiquer aux Français, comme je le
fais aujourd'hui sur d'autres sujets, de l'inquiétude croissante concernant la
sécurité. Et c'est évident, que l'on ne peut pas vivre dans un monde ou
l'insécurité s'accroît. Et donc, il fallait prendre un certain nombre de
dispositions. J'ai rappelé, tout à l'heure, ce qui avait été fait par le
gouvernement, c'est un effort qui va être poursuivi. Poursuivi pour permettre de
dissuader ceux qui veulent commettre des crimes ou des délits, et poursuivi
aussi parce qu'il est essentiel de retrouver dans notre pays un peu plus de
respect pour les autres. La société française depuis quelques années ou quelques
décades, je le disais tout à la l'heure, a un peu éclatée et pour toutes sortes
de raison qui ne tiennent pas au génie français, mais qui tient de la mauvaise
pratique politique selon moi (que je ne n'impute d'ailleurs ni aux uns, ni aux
autres, ce n'est pas le problème). Le résultat, c'est que les gens ne se
respectent plus. Ils ne respectent plus les institutions, ne respectent plus les
autres et dans ce climat, naturellement, quand il n'y a plus de respect, il y a
agression. Cela va de l'agression verbale à l'agression physique naturellement.
Il faut petit à petit redonner au respect que l'on doit avoir pour les autres
toute sa valeur de société et cela passe par une lutte efficace contre
l'insécurité. Cela vous pouvez compter, je le vois, sur le gouvernement dans ce
domaine.
QUESTION - Alors l'opposition agite le risque ou la menace d'un état
répressif ou policier ?
LE PRESIDENT - Il faut un Etat républicain. Et un Etat républicain c'est un Etat
qui fait respecter la loi, c'est tout.
QUESTION - Vous avez rappelé tout à l'heure la création de 25 000 postes
pour la police, la justice et la gendarmerie. Est-ce que c'est compatible avec
la diminution du nombre de fonctionnaires qui a été aussi annoncée ?
LE PRESIDENT - J'ai toujours dit que je n'étais pas de ceux qui disaient il faut
augmenter ou il faut diminuer le nombre des fonctionnaires. Je dis, il faut
réformer notre administration en permanence comme toutes les entreprises
humaines se réforment ou meurent. Et pour cela, il faut s'adapter. Il est
évident qu'il y a des procédures qui ne sont plus adaptées, qui sont lourdes et
coûteuses, qu'il y a des endroits où on manque dramatiquement de moyen
QUESTION - Dans des secteurs particuliers ?
LE PRESIDENT - Oui, notamment la police et la justice, vous venez de le dire à
juste titre. On peut penser à la santé et à d'autres. Il y a donc une volonté de
réforme de l'Etat qui se traduira par des initiatives que vous évoquiez tout à
l'heure sur la décentralisation, le transfert de compétences, une nouvelle
architecture de la France de demain où les décisions seront prises au plus près
des citoyens. Ce qui supposent aussi une amélioration de la situation de notre
administration au sens le plus général du terme, d'ailleurs, dans l'intérêt de
nos fonctionnaires. Alors cela conduira-t-il à augmenter, à garder le même
nombre ou à diminuer le nombre des fonctionnaires ? Ce n'est pas un objectif
cela, c'est une conséquence. C'est tout à fait différent.
QUESTION - Même si on peut faire des économies quand même ?
LE PRESIDENT - Oui, naturellement. Mais en règle générale quand on fait de
bonnes réformes, on fait des économies.
QUESTION - Alors je voudrais Monsieur le Président, vous posez une
question très concrète. Nécessairement les interpellations vont être
multipliées. Est-ce que la justice va suivre et où va-t-on les mettre ces
personnes interpellées, puisqu'on sait que la création des centres fermés pour
les jeunes délinquants ou la construction des prisons mettra un certain temps.
LE PRESIDENT - On ne peut pas évidemment augmenter l'action de la police sans en
tirer un certain nombre de conséquences. C'est la raison pour laquelle le
gouvernement a pris d'urgence un certain nombre de décisions. Les centres
fermés, cela ne posera pas de problème. Je pense qu'avant la fin de l'année, si
j'ai bien entendu le gouvernement, il devrait y en avoir au moins un par
département, ce qui devrait permettre de régler le problème. Et surtout qu'il
s'agit souvent de transformer des centres ouverts en centres fermés. Et que les
centres fermés ce ne sont pas des prisons, ce sont des centres où l'on prend les
moyens d'éviter que les fugues soient trop systématiques. Parallèlement, il y a
un système de détention provisoire qui a été également transformé pour ceux qui
fugueraient des centres fermés.
Les prisons, c'est évidemment plus long. Et vous aurez noté que dans ce
gouvernement, il y a un membre du gouvernement qui est chargé de relancer ce
programme, de moderniser les structures de la justice au sens large du terme :
les tribunaux qui ont beaucoup de besoin, notamment de modernisation ou de
construction et les prisons. J'espère que l'on pourra être aussi efficace que
possible. J'ai compris que le gouvernement allait même essayer de simplifier un
peu les procédures, de façon à ce que nous n'arrivions pas à la situation que
nous connaissions ces derniers temps, où, entre le moment où on décidait la
construction d'un commissariat de police et le moment où on l'inaugurait, il
fallait cinq ou six ans.
QUESTION - Dans l'insécurité Monsieur le Président, il y a aussi le
terrorisme après l'attentat qui a coûté la vie à des Français à Karachi. Comment
est-ce que vous qualifiez-vous aujourd'hui la menace terroriste en France ?
Est-ce que c'est menaçant, très menaçant ?
LE PRESIDENT - La menace terroriste existe, pas seulement en France, elle existe
dans l'ensemble du monde et elle est, par définition, menaçante. Alors tout doit
être fait pour lutter contre. Pour lutter contre, il faut d'abord essayer de
lutter contre les foyers que l'on connaît de façon évidente comme Al Qaida.
C'est ce qui est fait. Dans ce domaine, la participation de la France aux
opérations conduites contre les terroristes afgans a été, je crois, on peut le
dire, exemplaire. Deuxièmement, le renforcement de la coopération entre les
pays, en règle générale, dans le cadre de l'ONU ou dans le cadre bilatéral ou
multilatéral, c'est fortement affirmé, notamment au niveau de la police, de la
justice, des renseignements, des services. Il en va de même pour l'action qui
est conduite contre le financement de ces terrorismes. Vous avez vu que la
France a été tout à fait à la pointe des pays qui ont -conformément à la demande
qui avait été exprimée à l'ONU- gelé des comptes, parce que nous avions la
conviction qu'ils étaient liés à des organisations terroristes. Donc, il faut
poursuivre. C'est un souci essentiel du gouvernement. Ce n'est peut-être pas
celui dont il faut débattre le plus sur le plan public, mais c'est un souci
essentiel et permanent, notamment, bien entendu, pour le chef d'Etat.
QUESTION - Généralement, est-ce que les frontières ne sont pas trop
poreuses. Est-ce que par exemple la fermeture du Centre de Sangatte va régler le
problème de l'immigration clandestine ?
LE PRESIDENT - Non, il réglera déjà le problème de Sangatte ce qui ne sera pas
mal. Et il réglera aussi une part des difficultés que nous avons connues avec
nos amis Anglais, parce que nous n'avions pas les mêmes règles. Pour le problème
de Sangatte, je pense qu'il va être régler, j'en suis très heureux, dans les
mois qui viennent. Nous avons plus largement le problème de l'immigration
clandestine. Je ne parle pas de l'immigration, elle est nécessaire. Je parle de
l'immigration clandestine. Comment peut-on faire pour lutter efficacement contre
l'immigration clandestine. Nous avons beaucoup parlé de cela au sommet de
Séville, sous présidence espagnole, il y a quelques semaines. Il faut
effectivement renforcer nos contrôles aux frontières, aux frontières de la
Communauté et c'est la décision que nous avons prise. Il faut harmoniser nos
législations, car il est évident que les clandestins jouent sur, c'est
particulièrement vrai pour l'Angleterre, les différences de législation.
Troisièmement, il faut, en France, réformer immédiatement le droit d'asile. Le
droit d'asile est une absurdité en France. Il correspond à quelque chose
d'essentiel qui est totalement dans notre culture et dans notre histoire. Mais
aujourd'hui, quand quelqu'un demande le droit d'asile, la décision demande
dix-huit mois, c'est absurde et cela ne sert à rien. C'est simplement parce que
nous ne nous sommes pas donnés les moyens de le faire.
QUESTION - Donc vous souhaitez plus de rapidité dans ce domaine.
LE PRESIDENT - Aujourd'hui, il faut mettre en oeuvre les moyens permettant de
répondre au droit d'asile dans un temps très bref. Et un temps très bref pour
moi, c'est un temps inférieur à un mois. Sauf des cas particuliers. Il y a des
choses qui pourraient se faire beaucoup plus simplement. Il y a des pays dont
beaucoup de ressortissants demandent le droit d'asile et dont on sait qu'il n'y
a aucune espèce de raison politique ou de sécurité personnelle qui le justifie,
que c'est simplement un transfert économique. Donc la réforme du droit d'asile
est tout à fait essentielle. Il y a encore un point qui est fondamental, c'est
l'aide au développement : les gens ne s'expatrient pas uniquement pour le
plaisir d'aller ailleurs, ils s'expatrient par misère. Et donc l'aide au
développement est la seule réponse que le monde riche peut et doit apporter aux
pays qui sont à l'origine de ces flux. Enfin, il y a une dernière chose et qui
est capitale, c'est que s'est institué sur cette misère humaine un système
mafieux monstrueux, qui est pire que l'esclavage et qui consiste à aller
chercher des gens, à leur prendre leurs dernières économies, en leur faisant
miroiter des ponts d'or, et ensuite les faire s'échouer misérablement sur nos
plages ou dans nos ports. Cela est monstrueux, c'est un élément très important
des flux migratoires et il faut -c'est ce que nous avons, d'ailleurs sur notre
proposition, décidé à Séville- mettre en place un système extrêmement efficace
pour lutter, trouver, punir, sanctionner et éradiquer ces systèmes mafieux.
QUESTION - Puisque l'on parle d'ouverture des frontières, qu'est-ce que
vous pensez de cette réforme de la PAC qui est annoncée par la Commission de
Bruxelles et qui fait grincer beaucoup de dents notamment chez les paysans
français ?
LE PRESIDENT - Oui, et je fais partie des dents qui grincent ! Tout simplement
parce que je ne conteste pas certaines orientations du Commissaire européen et
je suis tout à fait favorable à ce que nous ayons une agriculture écologiquement
responsable, naturellement, mais à condition qu'elle puisse rester
économiquement forte. Cela, c'est l'essentiel. Or, derrière un certain nombre
d'arguments qui sont développés pour la façade, il y a une réalité qui est
beaucoup plus sérieuse et qui est la volonté de certains pays, à commencer par
nos amis Allemands d'ailleurs, Anglais, Hollandais, de diminuer leur
contribution financière à l'Europe. Alors, je dis simplement, nous avons pris
une décision en 1999 jusqu'en 2006. Il n'a y a aucune espèce de raison de
changer le contrat.
QUESTION - Vous seriez favorable à renationaliser par exemple,
l'agriculture française ?
LE PRESIDENT - Non, pas du tout. Absolument pas.
QUESTION - Cela veut dire que demain à Bruxelles, les ministres de
l'Agriculture des Quinze se retrouvent et que la position de la France sera
toujours à.ça vaut une crise européenneà? Ça risque de l'être ?
LE PRESIDENT - Il n'y aura pas de crise européenne. Nous sommes des gens bien
élevés et civilisés. Nous avons maintenant une longue pratique de nos
divergences. Il n'y aura pas de crise européenne. Il y aura une solution qui
sera élaborée le moment venu, c'est-à-dire avant 2006, décidée à partir de 2006
tenant compte à la fois des intérêts des Quinze mais également des intérêts des
Dix qui vont entrer et auxquels on ne pourra naturellement pas refuser,
contrairement à ce que pensent certains, les aides à l'agriculture. Et dans un
contexte général qui répondra, je l'espère, aux exigences de nos amis Allemands
que je peux comprendre, ou Hollandais, de diminuer le caractère très positif de
leur contribution à l'Union européenne, mais il y a d'autres volets dont on peut
parler. Il y a le volet de la cohésion sociale, il y a bien d'autres volets.
QUESTION - Et vous laissez le temps au temps, puisque vous parlez, en
effet, des charges de 2006.
LE PRESIDENT - Mais je ne sacrifierai pas la capacité française à être le
premier exportateur mondial de produits agricoles transformés et le deuxième
exportateur mondial de produits agricoles, avec tout ce que cela représente
comme activités et aussi comme puissance, je ne le sacrifierai pas pour des
raisons qui ne me paraissent pas justifiées.
QUESTION - Avant de terminer cet entretien, une question sur la défense :
l'ampleur et les moyens de la défense, vous êtes pour les consolider, vous
l'avez dit. Question très concrète : est-ce qu'il y aura d'abord un deuxième
porte-avions, est-ce qu'il sera nucléaire ou pas, est-ce qu'il sera fabriqué
avec les Anglais -on en parle beaucoup- peut-être une réponse très rapide ?
LE PRESIDENT -J'espère beaucoup qu'il y aura un deuxième porte-avions. Je ne
peux pas répondre aux questions que vous venez de poser, qui impliquent des
études longues et qui ne s'improvisent pas. Ce sont des décisions lourdes qui ne
s'improvisent pas. Ceci étant, nous avons besoin de renforcer nos moyens
militaires. Nous avons depuis quelque temps décroché de l'Angleterre, cela a des
conséquences lourdes tant en ce qui concerne notre puissance politique, notre
capacité politique et aussi notre capacité à défendre nos intérêts dans le monde
ou nos ressortissants. Et donc, il est essentiel que nous redressions la barre.
Redresser la barre, cela veut dire tenir compte d'abord -et cela le Gouvernement
va le faire en mettant en oeuvre les promesses qui avaient été faites par son
prédécesseur en ce qui concerne la condition militaire-, que l'on améliore le
budget d'équipement de nos armées et en commençant par la priorité absolue qui
est les réparations. C'est-à-dire nous mettre en situation de pouvoir avoir des
équipements qui fonctionnent, ce qui n'est pas actuellement le cas. Nous avons
un très gros effort à faire. Et donc, il y aura, c'est vrai, une modification de
la loi de programmation telle qu'elle avait été arrêtée par le précédent
gouvernement, pour tenir compte de ces exigences et engager un processus
d'augmentation. Cela, d'ailleurs, me conduit à dire que nos partenaires
européens seraient bien inspirés d'avoir le même souci car on ne peut pas à la
fois vouloir une Europe puissance, ce qui est notre cas, et une Europe ayant une
diplomatie et une défense, au-delà du marché et du progrès social, et ne pas
avoir pour cela les moyens militaires. Or elle ne les a plus. Elle se dissout un
peu de mon point de vue, en dehors de l'Angleterre naturellement. Et on serait
bien inspiré de suivre un peu notre exemple.
QUESTION - Vous allez participer le mois prochain au Sommet de
Johannesburg sur l'Environnement qui est présenté comme Rio plus dix, puisque le
Sommet de Rio, c'était il y a dix ans, beaucoup de gens disent c'est en fait Rio
moins dix, puisque cela va être un retour en arrière. Est-ce que votre
conversion, qui a l'air relativement récente aux thèses de l'écologie, est
sincère et est-ce que vous allez vous battre sur ce sujet ?
LE PRESIDENT - Monsieur POIVRE D'ARVOR ma conversion à la thèse de l'écologie
est très ancienne, ne serait-ce que parce que, vous le savez peut être, je suis
quelqu'un qui s'est toujours passionné pour l'histoire de l'homme et on ne peut
pas s'intéresser à l'histoire de l'homme sans se rendre compte que l'homme ne
peut pas être dissocié de son environnement et de ses espèces, sinon il va à la
disparition
QUESTION - d'où le développement durable ?
LE PRESIDENT - ..et se sont des sujets que j'ai travaillés depuis longtemps,
d'où mes très anciennes amitiés avec beaucoup de vrais écologistes, des gens qui
connaissent ces problèmes. En revanche, les préoccupations actuelles
antinucléaires primaires de certaines écologistes, évidemment, me sont
étrangères et je ne les épouse toujours pas. En revanche, ce que je sais c'est
que la planète, aujourd'hui, se dégrade à un rythme plus rapide que sa capacité
de régénération. Cela est un fait certain. Autrement dit si nous voulons
continuer à vivre comme nous vivons, il faudrait très rapidement que nous ayons
à côté une deuxième planète sur laquelle on irait chercher ce que nous ne
trouverions plus sur la nôtre, hypothèse d'école, vous l'imaginez. Et par
conséquent, nous devons, aujourd'hui réagir. Et ça aussi. C'est comme la baisse
des impôts et des charges, c'est vital. Ce n'est pas un problème d'idéologie.
C'est n'est pas un problème politique. C'est un problème vital.
QUESTION - Comment peut-on puisque le Protocole de Kyoto n'est toujours
pas appliqué ?
LE PRESIDENT - Beaucoup de monde, mais pas parmi les plus puissants, n'est-ce
pas ? Alors, le Sommet de Johannesburg était, je dois le dire, très mal parti.
Après la Conférence de Bali où la France était représentée par son secrétaire
d'Etat chargé du Développement durable, nous étions pessimistes.
J'ai profité du Sommet du G8, au Canada, pour mobiliser tout le monde et
essayer, notamment en raison de la présence du pays hôte du Sommet de
Johannesburg, le Président sud-africain, M. M'BEKI, et de Kofi ANNAN, le
Secrétaire général, puissance invitante, pour mobiliser tout le monde. Et, je
pense que nous allons réussir tout de même, notamment dans certains domaines
essentiels, comme celui de l'eau, à marquer des progrès et à faire que
Johannesburg ne soit pas un échec.
Nous ne pouvons pas, vis-à-vis de l'opinion publique internationale, assumer un
échec à Johannesburg. Nous ne le pouvons pas. Mais si tel devait être le cas, ce
serait vraiment très préoccupant.
Alors, c'est vrai que nos amis Américains sont très en arrière de la main et
cela ne simplifie pas les choses. Nous ferons le maximum pour les convaincre et
au moins pour progresser. Vous pouvez compter sur moi dans ce domaine.