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Autobiographie et témoignage : cours de français thématique de Madame Elisabeth Molcou

Par Liu Zhongjun

Le 10 mai 2004

Sa stratégie autobiographique de Muzi Mei

Introduction :

Muzi Mei, pseudonyme que tous le Chinois connaissent aujourd’hui, je crois. Tout cela à cause de son journal intime sur le site « blogcn.com » et pour son livre « Mon journal sexuel – un mémoire de mon amour adolescent ». Elle incontestablement la femme la plus connue de nos jours en Chine. Qui est cette femme et comment a-t-elle une si belle réussite, malgré son état d’avoir démissionné de son journal ? Est-elle une bonne ou mauvaise graine de la société ?

 

Qui est-ce ? Elle est du sexe féminin. Elle a 25 ans. Elle mesure 160 centimètres. Elle serait diplômé d’une université cantonaise, mais « anonyme » pour protéger la réputation de l’Université. Rédactrice dans un journal du « groupe sud », connu pour être un le journal le plus libre de Chine. Dans celui-ci, elle rédigeait des articles sur l’expérience sexuelle, et possédait de nombreux lecteurs et lectrices dans les quatre coins du pays. Le rédacteur en chef adjoint aurait été obligé de démissionner pour être trop libre dans son journal (selon les sites étrangers). Le nom de son journal est également en anonyme, car elle est un scandale pour un média sérieux. Elle a fait tollé en Chine à ce début du vingt-et-unième siècle « 160, 660 aujourd’hui, alors que ce chiffre n’était que de 63 309 le 12 octobre et 122 000 le 4 novembre. » Ce concert de mystères y a sans doute contribué.

I. Son pseudonyme excellent

Elle a un pseudonyme excellent, bien qu’aujourd’hui connu comme maudit. Les auteurs français ne choisit jamais leur pseudonyme avec autant de soin. Exemple : « Kiriasse (vraisemblablement une erreur de transcription de Kyriace, même étymologie que Cyrille) est le prénom d’un de mes ancêtres (en lignée directe) qui vécut sous la Révolution... Je l’ai choisi comme pseudonyme. L’écrivaine que je connais, Marguerite Duras, dont le Duras est le fleuve dans le village de son père. Un remplaçant de son patronyme qui ne lui plaît pas : Donnadieu. La chinoise est beaucoup plus compliqué : Mu Zi Mei (木子美). On peut l’interpréter de plusieurs manières.

1.       Sans intérêt : Mu (bois) Zi (suffixe, par exemple Zhuozi : table ; Yizi : chaise ; Shuzi : peigne. Mei : beauté. La combinaison des trois mots ne fait paraître aucun sens dans le chinois moderne sauf une musicalité archaïque.

2.       Un jeu de mots sur son vrai nom : Li Li : ça s’explique par les équations suivantes

MU(木)+ Zi(子)= () son nom de famille

Mei () = Li() son prénom

3.       Espace à l’imagination ? Poète de Tang : Du Fu dont le nom adulte est « Zimei ».

II. Une approche originale : journaux intimes.

Jamais reconnu comme littérature artistique, il ne manque pas de fiction sexuelle dans l’histoire de Chine. Tous romans érotiques apparaissent comme fiction. Il ne manque pas non plus d’autobiographie ou témoignages de vie sexuelle, mais souvent sous l’anonymat. Des journaux intimes sur Internet sans laisser aucune trace d’artifice est une forme sans aucun doute originale ! On dirait que c’est une pute, car elle parle de tout et sans se demander si ça va heurter certaines esprits ! Selon un article de l’Agence Xinhua[1], quelqu’un la présente ainsi à son ami « Cette fille est plus audace que Wei hui (écrivaine de romans d’amour, mais en fiction. Ses œuvres « Sucre » me semble avoir été traduit en français). Elle écrit la même chose qu’elle, mais elle utilise son vrai prénom et son vrai nom de famille, et il s’agit de personnages plus ou moins connu. Tu n’as qu’à faire une petite recherche sur Blogcn ou Google. » C’est un texte signé et daté du 14 novembre. Xinhua, l’agence Chine-Nouvelle est l’organe d’information officielle de la République de Chine.

III. Les tabous, une arme performante

Elle n’hésite pas à franchir les frontières de convenables, jusqu’à ce que beaucoup commencent déjà à la critiquer sans vraiment commencer à lire, autant les choses mêmes sont sales pour les yeux. En effet, elle a raconté ses relations sexuelles avec de nombreux hommes de tous les milieux sociaux, l’homosexualité, masturbation, exhibitionnisme, polygamie, scènes de faire l’amour. Mais tout cela est accompagné de commentaire original de l’auteur.

Elle a des propositions choquantes, même pour les Français, réputé pour être romantiques. Elle propose plus de liberté sexuelle en expliquant sa propre réussite dans son journal du 4 novembre 2003 « Pourquoi elle est aussi réussie ? Parce qu’elle n’a pas échangé le sexe contre l’amour, le mariage ou l’argent... Elle n’a pas séduit l’homme (impossible pour elle [car elle n’est pas physiquement séduisante])... Elle est en même temps responsable, elle fait savoir à tous avec qui elle a fait l’amour. Elle propose, que la femme donne plus d’occasions à l’homme ; elle propose que l’on supprime la prostitution. »

Polygamie : Elle répond au journaliste : « Bien sûr que c’est un plaisir. Egalement, on peut étudier l’homme. Chaque homme a des contenus différents. »

Elle loue le plaisir physique dans son journal du 3 novembre 2003 : « Il me semble soudain que l’amour, ça se fait. L’attachement incomparable au moment de l’acte, n’est-elle pas un vrai amour ? Par rapport à l’idéal impalpable, il est visible, tangible et adorable… Je me délecte de tout se qui se passe pendant ce processus. Le rideau pendu et la scène dans la fenêtre est banal, mais je pense naturellement à la petite Duras avec son amant. Nous avons vraiment envie de faire un amour parfait, même si ce n’est simplement que la copulation. Mais en même temps, grâce à l’absence des liens, elle se dote d’un charme pur et parfait. » Elle va plus loin : « puisque je n’ai pas peur, je tombe facilement amoureuse d’un homme, et couche facilement avec lui, et le quitte aussi facilement. A cause de ma facilité, l’homme m’oublie tout aussi facilement. La relation homme-femme pour moi, c’est la relation sexuelle en directe. » Cette propagation de la sexualité est sujette de la plus part de critique. Mais pour moi, elle révèle en réalité une tension entre la tradition stoïcienne et la réalité sociale. C’est-à-dire que la femme a eu depuis longtemps l’égalité institutionnelle et depuis peu celle économique, elle revendique tout naturellement cette égalité sexuelle qui est depuis longtemps opprimé par la tradition. Sa protestation s’exprime aussi par un petit texte :

Une femme me dit : « je me suis mariée depuis 8 ans, je n’ai jamais fait l’amour avec mon mari. A côté de lui, je me procure le plaisir moi-même toute les nuits.

Je la regarde stupéfaite, comme si j’étais une « femme vertueuse » lisant « les journaux sexuels de Muzi Mei. 

Elle dit que beaucoup d’amies vivent comme ça. Une femme est capable d’aimer un homme sans avoir besoin de faire l’amour.

Je comprends l’exigence aux femmes  la « fidélité », mais pas moyen de comprendre celle d’en priver l’amour physique.

                     Touchée par l’immensité de la superficie la Chine et de sa multiplicité d’objets.

Ce qui est le plus embêtant pour le public, c’est probablement son attitude à l’égard de l’homme, souvent critiqué comme irresponsable pour sa sexualité. Comment une femme pourrait-elle jouir de son partenaire et s’en va sans se retourner ? Ca fait perdre la face de l’homme ! Un homme peut légitimement avoir une seconde femme cachée, draguer les femmes et changer de femmes comme des chemises, mais une femme, comment peut-elle consommer l’homme comme des coca kola ?

Mais ce n’est peut-être pas l’idée profonde de Mu Zimei, car on constate qu’elle a eu une première expérience amoureuse assez décevante. Elle la décrivait ainsi dans son journal du 29 juin 2003 « La première fois, j’ai fait l’avortement dans un cabinet privé ; la première fois je me suis trompée de médicament contraception, le première relation sexuelle ma mise en ceinte ; le premier homme de ma vie s’est évaporé. C’est l’affaire la plus théâtrale et la plus dramatique de ma vie. » Ainsi « 6 mois après, j’ai fait l’amour avec un deuxième homme. Et après beaucoup d’hommes, une nuit seulement. »

Il n’y pas que des tabous et de plus elle décrit aussi autres choses, des réflexions en même temps. Par exemple « Bébé, ne bouge pas », elle a raconté sa relation sexuelle avec un jeu homme « impuissance », elle a consulté tous les livres disponibles, elle a essayé de faire une psychanalyse pour trouver une solution. Finalement un jour le problème s’est réglé grâce à son petit mot « bébé, ne bouge pas » à des moments critiques. Cela lui conduit à réfléchir sur la cause de l’impuissance. Dans son journal du 25 février, intitulé « faire l’amour devant toi », elle a exploré le problème de voyeurisme et exhibitionnisme. Tous ces éléments justifient tout à fait ce qu’elle a dit aux journalistes « je postais pour mon petit cycle et je n’ai jamais prévu pour tant de monde. Elle critique que le « blog » est déjà en cahot. Il me semble bien que ses textes ont une fin d’échanges assez évidente.

La guerre des médias ont contribué largement à cette surmédiatisation. Les sites Internet sina.com et Sohu.com sont les premiers à publier des séries d’articles sur ce phénomène. Les sites Blog sont aussi à la source de l’événement, car d’une nuit au lendemain, les Blog de toutes sortes sont connues du public chinois. Les utilisateurs de ce services ont multipliés de façon incroyable. Ce que l’on peut dire de sûr dans cette affaire est que les nouveaux médias ont gagné le plus de point.

IV. Les réponses de la société

Les Réponses de la société sont diversifiées. La plus importante est que le mot « Blog » est connu par les jeunes et l’explosion de nombre de « bloggers ». Une nouvelle approche de l’écriture. Selon un blogger, « Aujourd’hui j’ai lu des articles sur Muzi Mei et j’ai visité le site Blogcn. Je suis très content d’avoir un espace écrit à moi, pour écrire les gouttes de ma vie. Je décide de sortir les paroles dans mon cœur en forme de texte, pour affirmer mes pensées, mon existence »[2]. Mais ce site créé le 20 avril n’a pas de suite. J’espère que l’on continue ce qu’on décide de faire. Cependant je suis convaincu qu’il y a quelque chose qui reste dans son esprit.

Il est apparu sur ce genres de sites de nombreux imitantes de Muzimei. Zhuying Qing tong (Ombre de bambous et la pupille noire, fable bouddhique) en est le plus connue. Mais elle est allée plus loin. D’abord elle est plus diplômée : Master en esthétique artistique ; plus exhibitionniste : jusqu’à mettre des photos nues sur le site : parfois assez sexy ; plus complète : elle a aussi une expérience homosexuelle. Mais Je ne vois pas assez bien la ressemblance profonde entre elle et Muzi Mei. Car chez elle, il n’y pas de réflexion. Par contre, ses romans et ses poèmes sont assez bien fait. De toute façon je trouve que Muzi Mei a plus de talents qu’elle.

Une fille de 16 ans écrit ainsi sur son « blog » : Aujourd’hui, j’ai lu le livre de Mu Zimei. C’est un peu trop tard, mais je pense que, si possible, je serais plus belle que Muzimei. La Chine est un pays aussi féodale que je ne peu ne pas admirer la façon de vivre de Muzimei. Je suis comme elle, mais je ne peux que le faire en cachette, peut-être parce que je suis trop petit et je n’ai pas une mère à l’esprit aussi ouvert que la sienne. »

Répugnance chez beaucoup. « En voyant Muzimei et Zhu, j’ai envie de pleurer. » (http://www.yourblog.org/Data/20044/40020.html) « La raison en est simple. Parce que je suis également une femme... Pourquoi soulever, de manière déformée, des tollé pour se satisfaire ? » Donc elle « regarde les Muzimei lamentablement et les regarder vieillir avec grand plaisir ».

Conclusion :

A mes yeux, Muzimei a joué habilement sur les tabous de la société chinoise pour réaliser, sciemment ou inconsciemment, sa notoriété et malheureusement sa mauvaise réputation. Au niveau communicationnel c’est une grande réussite, parce qu’elle a réussi à créer un choc sur la l’esprit social. Mais si ce choc va bien tourner ou mal tourner est à voir. En tout cas, les réflexions sérieuses que l’on constate dans l’œuvre sont déjà d’une valeur importante pour la société chinoise et pour l’émancipation de la femme au niveau spirituel.

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[1] http://news.xinhuanet.com/book/2003-11/14/content_1179035.htm.

[2] http://www.yourblog.org/Data/20044/54165.html, Blogger « derrière la poussière et le vent ».

 


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